Loi Travail

Communiqué CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL

Montreuil, le 10 mai 2016

Alors que les salarié-es, les jeunes, les privé-es emploi, les retraité-es sont mobilisés depuis plus de 2 mois pour le retrait du projet de loi travail et l'obtention de nouveaux droits, alors que l’opinion publique reste massivement opposée à ce texte, le gouvernement décide de passer en force en utilisant le 49.3. Inacceptable!

Ce sont les mobilisations qui ont contraint le gouvernement, à proposer des modifications au projet de loi pour tenter d’en minimiser les impacts. Le compte n'y est toujours pas !

Un code du travail par entreprise à l'opposé de la "hiérarchie des normes", élément protecteur et égalitaire, perdure dans le projet de loi. Scandaleux!

Plusieurs secteurs professionnels continuent de développer des actions, des grèves (cheminots, routiers, énergie, chimie, construction, aéroport de Paris, etc.), qui sont autant d’éléments d’appui et de dynamiques dans la poursuite, l’amplification et l’élargissement du rapport de force.

Cette situation renforce la nécessité d’amplifier les mobilisations déjà engagées le 12 mai sur tout le territoire.

A partir de tous ces éléments, les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires et les organisations de jeunesse, UNEF, UNL et FIDL invitent leurs structures à organiser des assemblées générales avec les salarié-es pour débattre des modalités d'actions, de la grève et de sa reconduction.

Elles appellent  leurs organisations à construire deux nouvelles journées de grèves et manifestations le mardi 17 mai et le jeudi 19 mai prochains.

De plus, elles n'écartent aucun type d'initiatives pour les semaines à venir, y compris une manifestation nationale.

Afin  de faire valoir leurs propositions elles décident de s’adresser ensemble au Président de la République pour être reçues rapidement.

Une nouvelle réunion des organisations syndicales se tiendra dès le début de la semaine prochaine pour décider de nouvelles mobilisations.

 

Loi Travail

Discours de Jean-Claude Mailly, 03 mai 2016, Place des Invalides

Bonjour à toutes et tous,

Au nom de Force Ouvrière je veux m’adresser d’abord, devant vous, aux députés.

Vous allez entamer le débat sur le projet de loi travail. Vous avez déjà la possibilité, aujourd’hui, de le repousser en le renvoyant en commission et en demandant au gouvernement d’ouvrir les concertations indispensables pour que cette loi ne soit pas une loi de régression mais de progrès.

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Aujourd’hui on en est très loin, c’est pourquoi Force Ouvrière réclame son retrait.

Ce projet de loi n’est pas équilibré, il est destructeur de droits sociaux et correspond toujours au principe, non démontré et dangereux, selon lequel, pour que l’emploi redémarre demain, il faut licencier plus facilement aujourd’hui.

En renvoyant la négociation dans l’entreprise, en supprimant la négociation nationale de branche, ce projet de loi conduirait à accroître les inégalités et la précarité, à favoriser le dumping social, à fausser encore plus, au nom du néolibéralisme, la concurrence.

Imaginez, demain, une PME en situation de sous-traitance vis-à-vis d’un donneur d’ordre. Aujourd’hui cette PME, si un accord de branche a été signé, doit respecter le taux de majoration à 25% des premières heures supplémentaires. Demain, elle aura des pressions pour le baisser à 10%. Pour un Smic c’est 20 euros par mois.

D’ores et déjà, avec le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) on sait que certains donneurs d’ordre exigent de leurs sous-traitants des baisses de prix.

Qui plus est, ce projet de loi remettrait en cause la liberté de négociation, c’est-à-dire la possibilité de réaliser un minimum d’égalité de droits entre l’ensemble des salariés, ce qui passe par ce qu’on appelle la hiérarchie des normes.

D’aucuns célèbrent aujourd’hui les 80 ans du front populaire. Mais ils risquent de le faire de manière schizophrène. En effet, ils s’apprêteraient à mettre fin à une des conquêtes de 1936, à savoir la mise en place de la hiérarchie des normes !

C’est en effet après le mouvement social de 1936 et les accords Matignon qu’une loi du 24 juin a introduit le principe de faveur.

Cela signifierait qu’après avoir trahi Jean Jaurès, ils trahiraient Léon Blum.

Alors, et maintenant je m’adresse à vous, vous qui êtes nombreux sur cette place à quelques encablures de l’Assemblée nationale.

Au-delà de quelques perfidies journalistiques, le combat que nous menons (4 syndicats de salariés, 3 syndicats d’étudiants et de lycéens) n’est pas un combat de posture.

C’est un combat social, économique, démocratique et républicain.

C’est un combat pour demain, c’est un combat pour la consolidation des valeurs républicaines, c’est un combat pour les générations actuelles et à venir.

C’est un combat qui concerne toutes les générations.

C’est un combat qui concerne le privé comme le public.

Car si la convention collective de branche est bafouée, demain ce seront les statuts nationaux qui seront attaqués.

Au-delà de cette question essentielle de la négociation collective, d’autres éléments du projet de loi sont inacceptables.

C’est le cas pour les licenciements économiques.

Ne pas tenir compte de la situation financière d’un groupe au niveau international, c’est favoriser les licenciements.

Ne retenir qu’un ou deux trimestres pour la baisse du chiffre d’affaires, c’est aussi favoriser les licenciements.

C’est aussi le cas pour la mise en place possible de référendums qui, non seulement, court-circuiteraient les syndicats, supprimeraient le droit d’opposition mais aussi accroitraient les tensions dans les entreprises.

C’est encore le cas pour la médecine du travail, donc la santé des salariés, par exemple toutes celles et ceux concernés par le travail de nuit.

C’est encore le cas quand le gouvernement refuse de prendre en compte les décisions du Bureau International du Travail quant à la liberté de désignation du délégué syndical ou le contenu d’une directive européenne sur les congés.

Les nouveaux droits sont repoussés, les droits actuels sont rognés.

Aujourd’hui, 3 mai 2016 les députés entament un débat que je qualifie d’historique. Ou ils se situent dans la lignée de la république sociale, où ils basculent dans le corporatisme, le néolibéralisme et la régression sociale.

Ou ils se « gattazisent » ou ils se socialisent.

Mes camarades, quand on a un droit, on se bat pour le défendre et l’améliorer. On ne courbe pas l’échine, on reste debout. Nous sommes comptables de ce que nos anciens ont obtenu et conscients de nos responsabilités pour les futures générations.

Alors restons mobilisés, mobilisés pour exiger le retrait du projet de loi travail, mobilisés pour l’espoir. Jamais Force Ouvrière n’acceptera l’inversion de la hiérarchie des normes.

Et comme le disait Jean Jaurès dans son discours à la jeunesse : « le courage c’est de chercher la vérité et de la dire. C’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».

Alors on continue, en interpellant les députés dans les jours à venir et en étant prêt à répondre à d’autres initiatives que décideront les sept organisations dans l’action.

Aujourd’hui, 3 mai 2016, exiger le retrait du projet de loi, exiger le respect de principe de faveur, c’est faire preuve de courage, de détermination, d’espoir et de progrès. 

Jean-Claude Mailly 

Elle m’a dit qu’on avait rendez-vous devant le ballon FO, explique à une amie un jeune manifestant. Mais le problème, c’est qu’il y a plein de ballons FO ». A en croire le flot sortant de la bouche du métro place d’Italie, la  mobilisation parisienne contre la réforme du Code du travail a fait le plein. A Bordeaux,     30 000 personnes ont battu le pavé, à Rennes 10 000, à Toulouse 100 000, à Marseille 120 000. 

Pour Paris, 160 000 personnes. 1,2 million dans toute la France.

 Partout le nombre de manifestants est deux à trois fois plus important que le 9 mars.

Si le gouvernement ne comprend pas, Il y aura des suites

Qu’est-ce que cela signifie ? « Cela veut dire que le gouvernement devrait ouvrir les yeux et les oreilles, prévient Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO. Le président de la République a été sage hier, en retirant le projet de loi sur la déchéance de nationalité. Il faut qu’il soit sage aujourd’hui aussi en retirant le texte de la loi travail. Si le gouvernement ne comprend pas, cela veut dire qu’il y aura des suites, y compris par la grève. »

Casquettes, écharpes, chasubles et surtout parapluies sont de mise à Paris. Les fédérations Force Ouvrière sont au rendez-vous : transports, commerce, énergie, com, etc. Les UD de toute la région parisienne « Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais, ouais », « La loi El Khomry, c’est de la C … [à vous de trouver la rime] » mais également « Non au travail le dimanche » ou « Qui sème la misère récolte la colère ».

  Ni amendable, ni négociable

« Aujourd’hui, c’est le début de quelque chose », s’exclame Jean-Pierre. Il arrive de Versailles où il travaille pour le ministère de la Culture. « La destruction du code du travail va précéder la destruction des statuts. ». Pour Julie, salariée dans le secteur de l’énergie, c’est l’inquiétude qui domine « Avec les réductions d’effectifs et la centralisation qui se déroulent actuellement dans notre branche, nous avons beaucoup de mal à croire que le dégraissage du code du travail créera de l’emploi. »

Stevan est on ne peut plus clair : « cette loi n’est ni amendable, ni négociable. L’article 1 dit que les droits fondamentaux des salariés seront subsidiaires de l’intérêt de l’entreprise. Le patron devient un seigneur. » Avant d’ajouter qu’avec cette loi, les salariés ne seront plus en République lorsqu’ils franchiront le portail des entreprises.

 Un parfum de déjà vu

Devan, enseignant chercheur dans les Yvelines s’est mobilisé parce que la loi travail propose un renversement de la hiérarchie des normes qui explose complètement tous les cadres nationaux. « C’est quelque chose qu’on connaît déjà à l’université. On a déjà subi les lois d’autonomie, avec Valérie Pecresse puis Genevieve Fioraso ». Catherine, enseignante dans le secondaire a le sentiment qu’après les salariés du privé, ce sera au tour des fonctionnaires.

Tous demandent le retrait de la loi, pour à la rigueur, ouvrir de vraies négociations après. Car une réforme du code du travail pourquoi pas mais si, et seulement si, cela se traduit par de réelles avancées sociales pour les salariés.

Jeudi 31 mars 2016 Nadia Djabali - Photos : FO PACA